Le projet de modernisation de Pointe-Noire, d'un montant de 390 millions de dollars, témoigne de la volonté du Congo de devenir une plaque tournante énergétique régionale
Le Congo-Brazzaville investit dans les infrastructures qui relient ses ressources énergétiques aux marchés internationaux, avec un vaste projet d'extension du port de Pointe-Noire qui avance de pair avec la mise en place d'une nouvelle structure de gestion du terminal pétrolier stratégique de Djeno.
À Pointe-Noire, Congo Terminal a lancé les travaux de dragage au quai Est dans le cadre d’un projet d’extension de trois ans qui prévoit la construction d’un quai de 750 mètres, l’approfondissement du terminal à 17 mètres et l’agrandissement du parc à conteneurs de 28 hectares. Le projet, dont le coût total s’élève à 361 millions d’euros – dont un montage financier de 230 millions d’euros obtenu en 2025 –, devrait permettre de doubler la capacité du terminal pour la porter à plus de 2,3 millions d’EVP par an d’ici 2027. Cette extension vise à accueillir des navires de plus grande taille et à accroître le débit de la principale porte d’entrée maritime du Congo.
L'ampleur de ces travaux témoigne d'une évolution plus générale des besoins du Congo en matière d'infrastructures. Le pays cherche à faire passer sa production pétrolière d’environ 250 000 barils par jour à 500 000 bpd d’ici 2027, tout en développant ses exportations de GNL et en renforçant sa position de porte d’entrée vers les marchés d’Afrique centrale. Avec environ 1,8 milliard de barils de réserves prouvées de pétrole et 10 000 milliards de pieds cubes de réserves prouvées de gaz, la capacité des infrastructures devient de plus en plus importante pour transformer ces ressources en une activité économique durable.
Pointe-Noire devient une plaque tournante stratégique pour l'énergie et le commerce
L'importance du port ne se limite pas au trafic de conteneurs. Djeno, le principal terminal de manutention de pétrole brut du Congo, représente environ 97 % de la production pétrolière nationale ; des travaux de modernisation y sont actuellement menés. Le terminal réceptionne, traite et stocke le pétrole brut avant son exportation, tout en approvisionnant la raffinerie congolaise.
Parallèlement, le secteur gazier congolais est en pleine expansion. Le projet Congo LNG d’Eni a atteint son objectif de capacité de production totale, fixé à environ 3 millions de tonnes par an, faisant ainsi du pays un exportateur de GNL et générant une demande supplémentaire en infrastructures maritimes et logistiques.
Il en résulte un système portuaire qui occupe une place de plus en plus centrale dans plusieurs secteurs de l’économie congolaise à la fois : les exportations de pétrole brut, le développement du GNL, le commerce par conteneurs et la logistique régionale. L’extension du port de Pointe-Noire ne constitue pas seulement une augmentation de capacité, mais aussi un investissement dans les infrastructures nécessaires pour soutenir la prochaine phase de croissance du Congo dans les domaines de l’énergie et du commerce.
Le changement de gouvernance de Djeno ajoute un deuxième niveau
Le projet de Pointe-Noire est axé sur la capacité, tandis que les changements intervenus à Djeno modifient le mode d’exploitation et de gestion du terminal. En 2024, le Congo a approuvé un accord d’exploitation du terminal de Djeno associant la SNPC, TotalEnergies EP Congo, Eni Congo et Perenco. Cet accord a officialisé une structure multipartite pour le terminal, remplaçant l’accord précédent en vertu duquel TotalEnergies exploitait l’installation.
Cette structure confère à l'État un rôle direct par l'intermédiaire de la SNPC, tout en préservant la participation d'opérateurs internationaux disposant d'une expérience dans le secteur en amont congolais. Ce changement intervient alors que Brazzaville cherche à renforcer la participation nationale tout au long de sa chaîne de valeur énergétique, tout en continuant à s'appuyer sur les capitaux et l'expertise technique internationaux.
Ce changement de gouvernance s'accompagne également d'une modernisation des installations. À Djeno, un projet mené par Actemium pour le compte de TotalEnergies a permis de convertir les fours du terminal, qui fonctionnaient auparavant au pétrole brut, au gaz de récupération ; le premier four ainsi converti sera mis en service en août 2025. Ce projet vise à améliorer l'efficacité énergétique, à réduire les besoins en maintenance et à optimiser les coûts d'exploitation d'une installation qui traite la grande majorité de la production pétrolière du Congo.
Ces évolutions mettent en lumière une tendance d'investissement plus large : le Congo ne cherche pas seulement à produire davantage d'hydrocarbures, mais aussi à renforcer les infrastructures et les structures opérationnelles nécessaires à leur transport, à leur traitement et à leur commercialisation. Cela ouvre des perspectives qui vont au-delà de l'exploration en amont et couvrent la construction de ports, l'exploitation de terminaux, l'ingénierie et la maintenance, la logistique, le raffinage, les infrastructures gazières et la distribution régionale.
Le Forum de l’énergie et de l’investissement au Congo 2027, qui se tiendra du 1er au 3 juin à Brazzaville, réunira des investisseurs, des promoteurs de projets, des décideurs politiques et des entreprises du secteur de l’énergie afin d’examiner ces opportunités dans les secteurs du pétrole, du gaz, des infrastructures et de l’aval au Congo. Alors que le pays met en œuvre de nouveaux projets et modernise ses infrastructures stratégiques, ce forum offrira une plateforme aux entreprises à la recherche de partenariats et d’opportunités d’investissement sur l’ensemble du marché énergétique d’Afrique centrale.


