La SNPC congolaise et Dangote étudient un partenariat susceptible de transformer la chaîne d'approvisionnement en carburant en Afrique centrale
La SNPC, société pétrolière d'État de la République du Congo, et la raffinerie nigériane Dangote ont entamé des discussions concernant une éventuelle coopération en matière de raffinage, le partage de savoir-faire technique et des accords d'approvisionnement en carburant – une initiative qui pourrait redéfinir la stratégie du Congo dans le secteur aval et renforcer la sécurité régionale en matière d'approvisionnement en carburant.
La SNPC, société pétrolière d'État de la République du Congo, et la raffinerie nigériane Dangote ont entamé des discussions concernant une éventuelle coopération en matière de raffinage, le partage de savoir-faire technique et des accords d'approvisionnement en carburant – une initiative qui pourrait redéfinir la stratégie du Congo dans le secteur aval et renforcer la sécurité régionale en matière d'approvisionnement en carburant.
Lors d'une visite effectuée en juin à la raffinerie de pétrole Dangote à Lagos, le directeur général de la SNPC, Maixent Raoul Ominga, a rencontré le président-directeur général de Dangote Industries, Aliko Dangote, afin d'étudier les possibilités de coopération dans les domaines de l'approvisionnement en produits raffinés, de la coopération technique et d'une collaboration à long terme dans le secteur aval.
Ces discussions réunissent la plus grande capacité de raffinage d'Afrique et l'un des marchés en amont les plus dynamiques d'Afrique centrale, à un moment où le Congo cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis des produits pétroliers raffinés importés et à renforcer sa position sur les marchés énergétiques régionaux. Le Congo produit environ 287 000 barils de pétrole brut par jour, mais le pays continue de dépendre fortement des produits pétroliers raffinés importés pour répondre à la demande intérieure.
Le déficit du secteur aval au Congo
Le défi auquel est confronté le Congo en aval se caractérise par un écart entre la production de pétrole brut et la capacité de raffinage. La Congolaise de Raffinage (CORAF), seule raffinerie en activité du pays située à Pointe-Noire, dispose d’une capacité nominale d’un million de tonnes par an et couvre actuellement environ 70 % de la demande intérieure, estimée à environ 1,2 million de tonnes par an. Le reste des besoins est couvert par des importations de carburants raffinés, ce qui représente une charge financière importante pour la SNPC, seul acheteur de produits pétroliers du pays.
Au cours des deux dernières années, plusieurs projets ont été proposés pour renforcer les capacités de raffinage du Congo, mais aucun n’a encore été mis en œuvre. Parmi ceux-ci figurent le projet de raffinerie pétrochimique Atlantic à Fouta, d’un montant de 600 millions de dollars, développé en collaboration avec la société chinoise Beijing Fortune Dingheng Investment, ainsi que le projet de modernisation de la CORAF en partenariat avec la société azerbaïdjanaise SOCAR, visant à améliorer l’efficacité de la raffinerie grâce à l’ajout d’une unité de conversion destinée à augmenter le rendement en produits légers.
Dans ce contexte, les discussions entre la SNPC et Dangote mettent en évidence une opportunité plus large de renforcer le secteur aval congolais et d'améliorer la sécurité régionale en matière d'approvisionnement en carburant.
Pour Oumar Semega, président-directeur général d’Imperatus Energy, une société centrafricaine spécialisée dans le négoce de pétrole et de gaz et disposant d’une expertise sur les marchés énergétiques régionaux, ce partenariat potentiel représente une opportunité de relier la plus grande capacité de raffinage d’Afrique à l’un des marchés en amont les plus bien établis du continent, afin de combler un déficit de longue date dans le secteur en aval.
« Un tel partenariat permettrait de diversifier les sources d’approvisionnement en produits raffinés, de réduire la dépendance vis-à-vis d’un nombre limité de fournisseurs internationaux et d’améliorer la disponibilité des carburants grâce à des accords d’approvisionnement à long terme conclus avec une raffinerie régionale dotée d’une capacité de production importante », explique M. Semega dans une interview accordée au Congo Energy & Investment Forum.
« Cela permettrait également d'atténuer les risques logistiques liés aux importations en provenance de marchés plus éloignés d'Europe, du Moyen-Orient et d'Asie, en favorisant des flux commerciaux intra-africains plus courts et plus souples. »
D'importateur à pôle énergétique régional
Au-delà de la sécurisation de l'approvisionnement national en carburant, M. Semega estime que le Congo a le potentiel de jouer un rôle plus important sur le marché des produits pétroliers d'Afrique centrale.
« Si cette coopération devait inclure des investissements dans les infrastructures logistiques au Congo, elle pourrait également renforcer le rôle à long terme du pays en tant que plaque tournante régionale pour la distribution des produits pétroliers en Afrique centrale, créant ainsi de nouvelles opportunités pour les investisseurs et les entreprises privées locales », ajoute-t-il.
Une telle évolution viendrait soutenir les efforts plus larges visant à améliorer l'intégration énergétique régionale au sein de la CEMAC, où le commerce intrarégional reste limité par des contraintes d'infrastructure, des barrières administratives et des procédures douanières fragmentées. Une chaîne d'approvisionnement en produits raffinés plus solide pourrait créer des opportunités au-delà du commerce des carburants, notamment dans les domaines de la logistique, des services maritimes, de l'assurance, du financement du commerce et des investissements dans les infrastructures.
« Cela pourrait également ouvrir de nouvelles perspectives dans les domaines du financement du commerce, de l’assurance maritime, de la logistique, du courtage et du négoce physique, tout en permettant aux banques africaines et internationales de jouer un rôle plus important dans le financement des cargaisons et des infrastructures », ajoute M. Semega.
Reste à voir si les discussions entre la SNPC et Dangote déboucheront sur un accord d'approvisionnement, une coentreprise ou un partenariat de raffinage à plus long terme. Toutefois, ces négociations mettent en évidence l'ambition du Congo de dépasser son rôle de simple producteur de pétrole brut et de se positionner comme un acteur plus intégré dans le secteur énergétique en aval en Afrique centrale.
L'avenir du secteur du raffinage au Congo, la sécurité régionale en matière de carburants et les opportunités d'investissement tout au long de la chaîne de valeur en aval figureront parmi les thèmes abordés lors du Forum sur l'énergie et l'investissement au Congo (CEIF), qui se tiendra du 1er au 3 juin 2027 à Brazzaville, où les décideurs politiques, les investisseurs et les dirigeants du secteur se pencheront sur la prochaine étape du développement énergétique du Congo.


